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Éducation à l’égalité : décryptage d’une politique contradictoire

mercredi 6 décembre 2017

Le samedi 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, le président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours consacré à l’égalité entre les femmes et les hommes.
Une de ses trois priorités concerne « l’éducation et le combat culturel en faveur de l’égalité ». Il considère que « l’école a un rôle indispensable » et annonce la mise en place dès 2018, d’un « module d’enseignement » relatif « à la prévention et à la lutte contre le sexisme » dans la formation initiale et continue des personnels.

Mais lundi 27 novembre, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer fait entendre un autre son de cloche. Entre les déclarations d’Emmanuel Macron et celles de son ministre de l’éducation, c’est la douche écossaise ! Lui, qui avait déjà déclaré précédemment que l’égalité filles-garçons ne devait pas faire l’objet d’un enseignement spécifique (alors qu’elle figure explicitement dans les programmes de l’EMC !), s’en prend cette fois aux ABCD de l’égalité mis en place en 2013, en affirmant : « Tels qu’ils étaient faits, ils n’étaient pas bons ».
Cette affirmation est pour le moins un raccourci discutable : ce ne sont pas les ABCD qui étaient « clivants », mais la campagne de dénigrement dont ils ont été la cible, de la part des Vigi-gender, de la Manif pour tous et de tous les réactionnaires, opposé-es à l’égalité.

Le SNUipp-FSU rappelle que dès octobre 2013 il avait écrit au ministre de l’Éducation pour l’alerter au sujet des tracts diffamatoires qui commençaient à circuler dans certains départements. Si le ministère avait alors mené une campagne d’opinion (à destination des parents d’élèves, ou même plus largement), il aurait peut-être pu désamorcer la situation avant les JRE (journées de retrait de l’école de janvier 2014). D’autant plus que, comme le SNUipp-FSU le constatait à l’époque : « Ce que l’on peut savoir de cette expérimentation, c’est qu’elle satisfait au plus haut point parents, élèves et enseignant-es des écoles impliquées ». C’est-à-dire que là où les parents étaient informé-es de la réalité du dispositif, ils/elles ne le contestaient pas, et même y adhéraient. Mais Vincent Peillon ne l’a pas fait, et l’institution n’a pas non plus soutenu les collègues comme ils et elles étaient en droit de l’attendre de la part de leur administration.

Jean-Michel Blanquer dilue l’éducation à l’égalité filles-garçons en la renvoyant à l’apprentissage du respect, sans cours spécifique. « A partir du moment où on respecte autrui, on respecte les femmes dans le rapport hommes-femmes », a-t-il déclaré. Mais qu’est-ce que le respect d’autrui ? C’est un apprentissage certes fondamental, mais qui n’est pas forcément lié à l’égalité. Le respect peut se concevoir à l’intérieur d’une hiérarchie, d’un système de domination. C’est peut-être à cela qu’il pense d’ailleurs en évoquant « LE rapport hommes-femmes » ! Respecter ne signifie pas forcément considérer quelqu’un-e comme son égal-e.
Suite aux mobilisations réactionnaires de 2013-2014, on a même vu réapparaitre dans les sites ministériels (en même temps que le terme « genre » en était banni…) des formulations évoquant le « respect dans la différence », autant de concessions faites à l’essentialisme. Alors qu’œuvrer à l’égalité réelle, c’est justement déconstruire toutes ces références aux différences prétendument naturelles, et qui sont surtout des constructions sociales. Le Défenseur des droits l’énonce quant à lui très clairement : « Le fondement de tout, ce sont les préjugés, les stéréotypes, qui alimentent une mentalité collective persistant à se référer implicitement à une inégalité de nature entre les femmes et les hommes. »

Au SNUipp-FSU, on sait que l’égalité, ça s’apprend. Cela passe par la déconstruction des rapports de domination, et de leurs corolaires les stéréotypes de genre, qui assignent filles et garçons à des études, des loisirs, des professions, des rôles sociaux différenciés, assignations qui reproduisent des hiérarchies entre les sexes.

Enfin, concernant les annonces budgétaires faites par le président, les associations féministes dénoncent l’insuffisance des moyens alloués. L’accompagnement des femmes victimes de violences souffre notamment de la diminution des subventions pour 2017, et de la suppression des contrats aidés. Les associations rappellent aussi que l’Espagne a débloqué 1 milliard d’Euros. Outre le budget spécifique dédié au Secrétariat d’État de Marlène Schiappa, augmenté généreusement de 29,8 millions d’Euros (soit 0,006 % du budget total de l’État !) à 30 millions, le président de la République a évoqué le « budget transversal », réparti dans les différents ministères et qui équivaut à un véritable tour de passe-passe.

A titre d’illustration, nous attirons l’attention sur un savant calcul : « La contribution financière du programme "Enseignement scolaire public du premier degré" porte sur la rémunération des enseignant-es. Celle-ci est calculée en appliquant le coût d’emploi des professeur-es des écoles à la part consacrée, auprès de leurs élèves, à la sensibilisation à l’égalité entre les sexes et à lutte contre les discriminations sexistes. (…) c’est l’inscription en tant que telle de l’égalité entre les filles et les garçons dans les programmes d’Enseignement Moral et Civique qui permet, depuis la rentrée 2015, de déterminer plus finement la part consacrée à ce sujet : la quote-part du temps de service des enseignant-es du 1er degré consacré à la promotion de l’égalité femmes-hommes pendant les heures consacrées à l’EMC est évalué 0,63 % ».

Du primaire au lycée, cette proportion est ainsi estimée à 125 millions d’€ pour 2018. Cela représente quatre fois le programme spécifiquement dédié au secrétariat d’État, et contribue à plus d’un quart de l’ensemble du budget de politique transversale pour l’égalité femmes-hommes.

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